Un vrai mille-feuille. Plongée dans le manteau neigeux d’une station de ski avec son nivologue.

Leur métier est méconnu mais très utile : les nivologues font des relevés de la neige dans les stations qu’ils envoient à Météo France pour leur permettre d’établir des bulletins d’avalanche. Laurent Coulaud, nivologue d’expérience, nous explique tout ce que le manteau neigeux lui révèle.

IMG_1969
Laurent Coulaud, 49 ans, est pisteur-secouriste saisonnier à Praz-sur-Arly depuis dix-neuf ans. Il y a dix ans, il a passé la spécialisation “artificier”, puis “nivologue” sept ans plus tard. Le reste de l’année, il reprend sa vie d’artisan-menuisier à La Giettaz.
Laurent Coulaud est l’ami qu’il faudrait toujours emmener en randonnée à skis. Le pisteur-secouriste-artificier-nivologue (rien que ça) de Praz-sur-Arly connaît les particularités de la neige sur le bout des doigts. Ainsi que tous ses dangers. « Nous sommes missionnés par Météo France pour étudier le manteau neigeux, résume le nivologue. Les données que nous leur envoyons servent à réaliser les Bulletins du risque d’avalanches (BRA). » En plus de son travail sur les pistes, il passe donc au moins 1 h 30 par semaine à ausculter la neige pour en étudier les différentes couches.
IMG_1970
Laurent se rend toujours sur la même zone pour ses relevés.
Ce jeudi matin, Laurent va effectuer ses relevés hebdomadaires dans le périmètre “Est”, près du poste de Ban Rouge. En général, il est toujours accompagné d’un collègue pisteur.Quelques coups de pelle plus tard, le nivologue a creusé sur près d’un mètre de hauteur. À cette heure de la saison, il ne va plus jusqu’à la terre ferme, qui se trouve à 1,80 m. Le principal danger réside dans les couches supérieures.
IMG_1971
Laurent a installé des jalons autour d’une zone hors-piste pour éviter que les skieurs viennent chambouler sa zone de prélèvement. Il monte d’un cran chaque semaine.
« La neige, c’est comme un mille-feuille »
« La neige, c’est comme un mille-feuille, compare-t-il. Il y a des couches plus fragiles que d’autres. Si on appuie, la couche de crème du dessous lâche et le nappage du dessus s’effondre. C’est l’avalanche. » L’analogie culinaire est pertinente. Laurent n’en finit pas de couper des parts dans le gâteau.
Il se lance ensuite dans l’étude de la résistance du manteau neigeux. Le pisteur plante sa sonde graduée en lisière du trou et lâche par-dessus une masselotte (poids d’un kilo) qui vient enfoncer la sonde par à-coups à des hauteurs diverses en fonction de la texture du manteau.
Nivologue
Laurent creuse un trou d’environ 1 m pour étudier la structure de la neige.

Les couches fragiles dans le viseur

Premier coup : 0 cm. Deuxième coup : 25 cm. La sonde a percé la couche plus dense. Laurent consigne toutes ces opérations minutieusement dans son bulletin d’observation. « Il faut être très vigilant à skis quand il y a une couche fragile sous une couche dense, prévient le nivologue. Un bon moyen de le savoir, avant de descendre une pente, c’est de creuser un petit trou sur 60 cm. Si les blocs se détachent dessous, c’est mauvais. »
Le nivologue étudie aussi la masse volumique de la neige. À l’aide d’un tube, il prélève la neige, la verse dans un sac plastique et pèse le sac via un peson. Ce jeudi, la neige en surface pèse 180 kg au m3 tandis que celle du dessous pèse à 290 kg par m3.
Le poids de la neige
Un des relevés consiste à peser la neige à l’aide d’un sac.

Le poids, la température…

Laurent attrape ensuite son thermomètre numérique. 3,4°C pour la température extérieure. Le pisteur enfonce alors sa sonde en surface du manteau (- 1°C) puis tous les 5 cm : -3°C, -5°C… « La neige est relativement chaude en surface avec le soleil, explique-t-il. Mais plus je me rapproche ensuite de la terre, et plus je me rapproche de 0°C en raison des flux terrestres. Au printemps, tout le manteau s’uniformise en température autour de 0 degrés, donc les couches inférieures deviennent dangereuses. »
Loupe de nivologie
Laurent passe la neige à la loupe pour déterminer son type et sa texture.
À la question du réchauffement climatique, Laurent préfère parler de “dérèglement climatique”. « Ça n’a pas d’effet sur la texture de la neige. Il faut plutôt regarder du côté de la quantité. Depuis que je suis là, on a eu des années sans neige, et d’autres comme l’année dernière avec 3,40 m. »De son sac de secours à la Mary Poppins, Laurent sort également des plaquettes et une loupe pour déterminer le type de grain.
img_1987.jpg
Laurent dispose d’une plaquette avec une règle pour identifier tous les types de neige.
Neige en étoile, en aiguille, en grésil (neige sans cohésion à cause des vents forts)… Il mesure le diamètre et répertorie le type de neige de chaque couche qu’il a identifié. Laurent enregistre ensuite ses résultats dans le logiciel de Météo France d’où sortiront des graphiques. Une formation que tout randonneur à skis devrait suivre.
Maëlle LE DRU (texte et photos)

 

Publicités

L’amour est dans la Pra. Sur les pas d’un couple de gardiens de refuge en montagne.

Depuis 2011, Nadine et Claude Barnier sont les gardiens du refuge de la Pra, dans le massif de Belledonne, près de Grenoble. Après une brève ouverture en mars pour la saison de ski de randonnée, ils gardent le refuge de juin à septembre en continu. Avec le charme et les contraintes de l’altitude.


Vendredi 23 juin 2017.
Temps : dégagé. Température : 30 °C. Enneigement : nul.

1370 m d’altitude. Il est 9 h 30. Le parking de Pré Raymond, dans le massif de Belledonne, accueille les voitures des randonneurs. Au pied du sentier, les panneaux qui signalent le refuge de la Pra sont contradictoires : le jaune indique 3 h de marche, celui en bois 2 h 30. On verra bien lequel a raison. Là-haut, ça fait déjà plusieurs semaines que Claude et Nadine Barnier ont commencé le gardiennage du refuge pour la saison d’été.

Lire la suite

Patrick Piovesan, un chat noir sur les sentiers glissants. Portrait d’un CRS secouriste en montagne.

Après trente-deux ans dans la police, dont vingt-huit à la CRS 47 des Alpes pour le secours en montagne, Patrick Piovesan a pris sa retraite l’année dernière. Il se souvient de chacune de ses interventions dans les moindres détails. Un métier grisant qui lui manque un peu chaque jour.

Depuis son balcon sur les hauteurs de Voiron, Patrick Piovesan scrute les Alpes à l’horizon. À 55 ans, il aurait pu continuer sa carrière de CRS secouriste en montagne après l’âge légal de départ en retraite, mais son corps n’était plus au sommet de sa forme. Les traits tirés de son visage témoignent de la dureté physique de ce qu’il a dû endurer. Montre GPS au poignet, vêtement technique sur le dos et chaussures de randonnée aux pieds, c’est comme s’il se tenait prêt à un nouvel appel d’urgence. Comme avant.

Lire la suite