Une cueillette haut-perchée. Portrait d’un cristallier dans le massif du Mont-Blanc.

Guide de haute montagne en hiver, Stéphane Dan s’adonne à sa deuxième passion quand vient l’été : la quête des cristaux. Un travail basé autant sur l’agilité que sur la patience.

Chez Stéphane Dan, pas de vitrine flamboyante ni de projecteurs. Le cristallier, désormais bien connu dans la vallée de Chamonix, notamment pour son dernier film La rose du mont Blanc, n’est pas du genre à vouloir en mettre plein la vue. C’est avec humilité qu’il sort un à un quelques-uns de ses plus beaux cristaux conservés dans des boîtes d’œuf. Des quartz, de la fluorine, des améthystes… Que des minéraux précieux qu’il est allé lui-même extraire au cours de ces 30 dernières années dans le massif.

« Je n’ai jamais arrêté… »

Aujourd’hui 52 ans au compteur, le natif de Marseille à la voix douce et aux yeux pétillants raconte comment il est tombé dans la marmite : « J’ai grandi à Lus-la-Croix Haute et j’adorais partir en montagne chercher des fossiles. À 18 ans, quand j’ai rejoint le Centre de formation des métiers de la montagne à Bourg d’Oisans, j’avais un prof cristallier qui m’a initié. On a commencé à trouver des jolies pièces et je n’ai jamais arrêté ! »

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Stéphane garde une petite part des cristaux qu’il ramasse chez lui (photo M.L.D.).

Deux métiers en un

Le diplôme de guide de haute montagne en poche, Stéphane développe alors cette passion sur son temps libre. Au début des années 90, il s’installe dans la vallée de Chamonix, rejoint le club minéralogique et mélange la cueillette des cristaux avec le métier de guide l’été. Désormais, il ne se consacre qu’aux minéraux sur cette période et poursuit sa saison hivernale en tant que professionnel de la montagne. Pendant ses voyages en Himalaya, il garde toujours l’œil alerte.

 

De l’alpinisme de haut niveau

Et il ne faut pas croire, le monde des cristalliers est très stratifié. « Il y a ceux qui travaillent en bas, là où les glaciers reculent, et nous qui grimpons très haut », explique le montagnard. Quand il va aux cristaux, le plus souvent avec des amis, ça s’apparente donc davantage à de l’alpinisme de haut niveau qu’à de la promenade. Un constat logique quand on sait que les premiers découvreurs de la montagne étaient eux-mêmes des cristalliers, comme un certain Jacques Balmat

Les cristalliers sont donc aux premières loges du réchauffement climatique. La fonte des glaciers leur permet d’accéder à des pans de la montagne qui étaient jusqu’alors inaccessibles par le gel et voient donc chaque saison une situation de plus en plus préoccupante pour l’environnement. Avec le dégel du permafrost, leur activité est aussi plus dangereuse puisque les éboulements, déjà fréquents, sont devenus monnaie courante en haute montagne.

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Stéphane (à droite) est le plus souvent accompagné d’amis guides de la vallée, également passionnés de cristaux (photo Stéphane Dan).

Une part de risque

« Il faut compter entre 4 et 5 h d’approche, parfois tout en escalade, puis 6 à 8 h de travail dans le four (cavité naturelle d’où on extrait les cristaux, NDLR) pour en extraire quelque chose d’intéressant. On reste souvent plusieurs jours en montagne et on dort en refuge. » Une passion qui n’est d’ailleurs pas sans risques. « Les accès sont souvent compliqués et il y a une part de danger », ajoute Stéphane qui connaissait de vue le cristallier décédé au début du mois à Sallanches.

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Les cristalliers passent en général plusieurs heures voire plusieurs jours à dégager un four (photo Stéphane Dan).

Pour trouver un four, il y a une petite part de hasard, mais surtout une solide analyse géologique du massif. Les cristalliers savent repérer des lignes blanches de quartz dans le paysage. C’est alors qu’ils se servent de leurs compétences alpines pour atteindre les entrées.

« On fait de la cueillette dans les beaux fours, raconte Stéphane. On ne prend que les pièces les plus faciles. On s’aide de quelques outils mais on n’emploie jamais de méthodes lourdes. C’est un travail épuisant. Il faut dégager les blocs de pierre un à un et gratter la glace. » Leurs sacs remplis de 40 kilos de pierres, les cristalliers redescendent dans la vallée et font les aller-retour jusqu’à avoir convoyer toutes les belles pièces. Mais « ces grosses captures » sont rares.

Et de conclure pour faire taire certaines rumeurs : « On ne gagne pas des millions. C’est une activité très aléatoire. Globalement, ça me rémunère comme si j’exerçais mon métier de guide l’été. Mais il y a des mois avec et d’autres sans. Il ne faut pas faire ça pour le fric.» Lui, c’est la passion de la montagne avant tout.

Maëlle LE DRU

 

En 1993, un arrêté ministériel a autorisé la cueillette des cristaux avec l’usage des marteaux et des burins. Il y a cinq ans, la commune de Chamonix a renforcé ce cadre législatif en imposant de faire une déclaration en mairie, renouvelable tous les ans. Cet été, la commune est passée un cran au-dessus dans la régulation puisqu’il faut désormais être détenteur d’une autorisation pour aller cueillir les cristaux. Ce sont 66 personnes qui en ont fait la demande pour cette année, contre une bonne centaine l’année dernière dans le cadre des déclarations. La nouvelle autorisation pré- voit une séance de formation annuelle au printemps. Les candidats doivent aussi s’engager à employer des méthodes d’extraction douces et à présenter les cristaux d’intérêt à la commune avant de les vendre à des privés.

Un vrai mille-feuille. Plongée dans le manteau neigeux d’une station de ski avec son nivologue.

Leur métier est méconnu mais très utile : les nivologues font des relevés de la neige dans les stations qu’ils envoient à Météo France pour leur permettre d’établir des bulletins d’avalanche. Laurent Coulaud, nivologue d’expérience, nous explique tout ce que le manteau neigeux lui révèle.

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Laurent Coulaud, 49 ans, est pisteur-secouriste saisonnier à Praz-sur-Arly depuis dix-neuf ans. Il y a dix ans, il a passé la spécialisation “artificier”, puis “nivologue” sept ans plus tard. Le reste de l’année, il reprend sa vie d’artisan-menuisier à La Giettaz.
Laurent Coulaud est l’ami qu’il faudrait toujours emmener en randonnée à skis. Le pisteur-secouriste-artificier-nivologue (rien que ça) de Praz-sur-Arly connaît les particularités de la neige sur le bout des doigts. Ainsi que tous ses dangers. « Nous sommes missionnés par Météo France pour étudier le manteau neigeux, résume le nivologue. Les données que nous leur envoyons servent à réaliser les Bulletins du risque d’avalanches (BRA). » En plus de son travail sur les pistes, il passe donc au moins 1 h 30 par semaine à ausculter la neige pour en étudier les différentes couches.
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Laurent se rend toujours sur la même zone pour ses relevés.
Ce jeudi matin, Laurent va effectuer ses relevés hebdomadaires dans le périmètre “Est”, près du poste de Ban Rouge. En général, il est toujours accompagné d’un collègue pisteur.Quelques coups de pelle plus tard, le nivologue a creusé sur près d’un mètre de hauteur. À cette heure de la saison, il ne va plus jusqu’à la terre ferme, qui se trouve à 1,80 m. Le principal danger réside dans les couches supérieures.
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Laurent a installé des jalons autour d’une zone hors-piste pour éviter que les skieurs viennent chambouler sa zone de prélèvement. Il monte d’un cran chaque semaine.
« La neige, c’est comme un mille-feuille »
« La neige, c’est comme un mille-feuille, compare-t-il. Il y a des couches plus fragiles que d’autres. Si on appuie, la couche de crème du dessous lâche et le nappage du dessus s’effondre. C’est l’avalanche. » L’analogie culinaire est pertinente. Laurent n’en finit pas de couper des parts dans le gâteau.
Il se lance ensuite dans l’étude de la résistance du manteau neigeux. Le pisteur plante sa sonde graduée en lisière du trou et lâche par-dessus une masselotte (poids d’un kilo) qui vient enfoncer la sonde par à-coups à des hauteurs diverses en fonction de la texture du manteau.
Nivologue
Laurent creuse un trou d’environ 1 m pour étudier la structure de la neige.

Les couches fragiles dans le viseur

Premier coup : 0 cm. Deuxième coup : 25 cm. La sonde a percé la couche plus dense. Laurent consigne toutes ces opérations minutieusement dans son bulletin d’observation. « Il faut être très vigilant à skis quand il y a une couche fragile sous une couche dense, prévient le nivologue. Un bon moyen de le savoir, avant de descendre une pente, c’est de creuser un petit trou sur 60 cm. Si les blocs se détachent dessous, c’est mauvais. »
Le nivologue étudie aussi la masse volumique de la neige. À l’aide d’un tube, il prélève la neige, la verse dans un sac plastique et pèse le sac via un peson. Ce jeudi, la neige en surface pèse 180 kg au m3 tandis que celle du dessous pèse à 290 kg par m3.
Le poids de la neige
Un des relevés consiste à peser la neige à l’aide d’un sac.

Le poids, la température…

Laurent attrape ensuite son thermomètre numérique. 3,4°C pour la température extérieure. Le pisteur enfonce alors sa sonde en surface du manteau (- 1°C) puis tous les 5 cm : -3°C, -5°C… « La neige est relativement chaude en surface avec le soleil, explique-t-il. Mais plus je me rapproche ensuite de la terre, et plus je me rapproche de 0°C en raison des flux terrestres. Au printemps, tout le manteau s’uniformise en température autour de 0 degrés, donc les couches inférieures deviennent dangereuses. »
Loupe de nivologie
Laurent passe la neige à la loupe pour déterminer son type et sa texture.
À la question du réchauffement climatique, Laurent préfère parler de “dérèglement climatique”. « Ça n’a pas d’effet sur la texture de la neige. Il faut plutôt regarder du côté de la quantité. Depuis que je suis là, on a eu des années sans neige, et d’autres comme l’année dernière avec 3,40 m. »De son sac de secours à la Mary Poppins, Laurent sort également des plaquettes et une loupe pour déterminer le type de grain.
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Laurent dispose d’une plaquette avec une règle pour identifier tous les types de neige.
Neige en étoile, en aiguille, en grésil (neige sans cohésion à cause des vents forts)… Il mesure le diamètre et répertorie le type de neige de chaque couche qu’il a identifié. Laurent enregistre ensuite ses résultats dans le logiciel de Météo France d’où sortiront des graphiques. Une formation que tout randonneur à skis devrait suivre.
Maëlle LE DRU (texte et photos)

 

Parole tendre et mental d’acier. Sur les traces d’une pisteuse-secouriste aux Contamines.

Les pisteurs-secouristes sont la clé de voute des stations de ski. Toujours sur le qui-vive, ce sont les premiers à être envoyés sur place en cas d’incident. Isabelle Babi est la seule femme des 16 pisteurs des Contamines en Haute-Savoie. Nous l’avons suivie le temps d’une matinée en janvier.

Au chaud, dans la télécabine du Signal, Isabelle Babi scrute l’horizon. Il est 8 h 45 ce lundi et dehors, c’est la tempête de neige. La femme de 45 ans fait partie des 16 pisteurs secouristes du domaine des Contamines, géré par la Société d’équipement des Contamines-Montjoie Hauteluce (SECMH). Ces professionnels qui assurent la sécurité des skieurs tous les jours, de l’ouverture à la fermeture des pistes. Et Isabelle est la seule femme de l’équipe. « Quand j’ai commencé il y a quinze ans, on était quatre, mais maintenant il ne reste plus que moi », raconte-t-elle, une once de fierté dans la voix.

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Isabelle installe un “caporal” pour indiquer un virage.

Un vrai code de la route

Arrivés au poste de secours du Signal, à 1870 m, les pisteurs se dispatchent sur les pistes à ouvrir. Chacun gère un secteur avec trois à quatre pentes à superviser. Aujourd’hui, celui de Tierces est fermé à cause des intempéries. Isabelle descend par la bleue Montjoie. Il est déjà 9 heures, l’heure de l’ouverture officielle du domaine. « C’est la période creuse, donc il y a moins de stress, sourit-elle. On installe la signalétique au fur et à mesure de la matinée. » Un coup de maillet sur “un caporal” pour indiquer un grand virage à droite, un autre sur une “zone tranquille” ou un “croisement”. Isabelle pose son “code de la route”, au gré de la visibilité du domaine.

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La signalétique est particulièrement importante en cas de mauvaise visibilité.

« On fait un beau métier ! »

La pisteuse reprend sa descente. Les chutes de neige ont déjà recouvert le damage de la matinée, laissant une petite couche de poudreuse des plus agréables à skier. « On fait un beau métier quand même ! », s’exclame Isabelle. Après un tour par le télésiège Montjoie, elle redévale la bleue, cette fois à l’affût des filets de protection enneigés par les récentes chutes. Morceaux par morceaux, elle extirpe le filet à la force des bras. Avant de le replanter en surface. « Si j’ai besoin d’aide sur une opération, je peux compter sur le soutien de mes collègues », précise-t-elle, même si la plupart du temps, elle se débrouille bien toute seule. « Piste Montjoie ouverte », lance-t-elle au central via sa radio.

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Le travail de pisteur peut vite s’avérer physique lorsqu’il s’agit de soulever des piquets solidement enfoncés dans la neige.

« Le PGHM intervient en dix minutes »

Ce lundi matin, aucune urgence médicale ne rompt la routine. « Quand il y a un accident, on nous prévient à la radio et le pisteur le plus proche s’y rend, détaille Isabelle. En fonction de la gravité, on descend le blessé en traîneau, puis une ambulance vient le chercher en bas de la station pour le conduire jusqu’au cabinet médical des Contamines, ou bien aux urgences de Sallanches. Si c’est plus grave, le PGHM intervient en hélicoptère en dix minutes. »

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Les pisteurs ouvrent et ferment les pistes à l’aide de grands filets au gré des conditions météorologiques.

Isabelle a été aide-soignante pendant plusieurs années à l’Ehpad de Saint-Gervais. Les soins, ça lui parle. « Le plus fréquent, ce sont les trauma crânien, les problèmes de genou et d’épaule. Heureusement, de plus en plus d’adultes sont casqués. Moi, j’ai commencé à mettre un casque en travaillant ici. Notre génération était moins sensibilisée. » Son maximum ? Quatre secours dans la même journée. « Les femmes préfèrent parfois que ce soit une autre femme qui s’occupe d’elles », ajoute-t-elle de son air rassurant. Isabelle poursuit la journée en patrouillant sur les pistes. Prête à gérer toute urgence.

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Isabelle peut compter sur l’aide de ses collègues en cas de besoin.

Par Maëlle LE DRU (texte et photos)

Précision, bifurcations et évasion. En piste dans la dameuse de Brice Druart à Saint-Gervais.

Derrière le côté enchanteur d’une station de ski, il y a des dizaines de professionnels qui se côtoient et qui se démènent jour et nuit pour permettre son fonctionnement. Le métier de conducteur de dameuse est l’un de ses métiers clés. Brice Druart, saisonnier depuis 24 ans, nous fait découvrir les coulisses du damage des pistes à Saint-Gervais.

Pas question de partir damer les pistes tous azimuts. L’opération est minutieusement préparée à l’avance. Jean-Noël Muffat-Joly, le “boss”, travaille toute la journée sur le domaine pour établir les besoins spécifiques en damage. Tous les soirs à 17 h, il rassemble donc son équipe de six conducteurs (dont Brice Druart) au garage des dameuses du Bettex de la STMBA pour le briefing. Une petite équipe de trois dameurs prend le relais le matin notamment pour faire du “bullage”, c’est-à-dire récupérer de la neige en hors-piste pour la mettre sur les pistes.

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Joris, Florian, John, Romain, Joran et Brice (à droite) sont les six dameurs du domaine skiable de Saint-Gervais. Ils vivent tous dans un rayon de 20 kilomètres.

Mais parfois, les dameurs travaillent le matin. « Quand il neige dans la nuit, on commence à 2 h du matin pour que la neige fraîche n’ait pas tout recouvert à l’ouverture des pistes, détaille Joran, dameur sur le domaine depuis dix ans. C’est la météo qui nous commande. » Jean-Noël poursuit le briefing : « Ce qui a été fait hier soir, parfait, mais il faudrait repasser un coup. Si ça brasse trop, on fera un treuil. » Il est 17 h 30. Le “boss” reçoit la confirmation à la radio par le central que le dernier skieur est descendu. Il attend cette phrase tous les soirs pour lancer son équipe à l’assaut des pistes. « Reçu ! » répond-il, avant de distiller les dernières consignes entre les blagues de ses gaillards.

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Cette année, trois saisonniers sont nouveaux dans l’équipe, mais deux ont déjà une expérience de conduite de dameuse dans d’autres stations. La difficulté reste la même pour les trois : il faut se familiariser avec la géographie et le jargon du domaine.

En piste !

Un petit coup d’œil sur le tableau de bord, un léger coup sur l’accélérateur. Brice Druart démarre une nouvelle nuit aux manettes de sa dameuse pour rendre le domaine de Saint-Gervais praticable pour les skieurs le lendemain matin. Il est 18 heures et il sait exactement ce qu’il a à faire. Il faut dire qu’à 52 ans, ce Bourguignon d’origine en est à sa 24e saison. Il fait -1 degré à l’extérieur, mais l’air est bon dans sa machine chauffée dernière génération. Un confort qu‘il a vu largement évoluer au fil de ses années de service.

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Une machine coûte en moyenne entre 400 000 et 600 000 €. La STBMA a fait l’essai cette année d’acheter une dameuse reconditionnée. « Il faut changer de machine en moyenne tous les six ans, sinon elles coûtent trop cher en entretien », précise le dameur Brice Druart. 160 litres d’essence sont consommés par nuit et par machine.

Coup de joystick à droite. Brice prend la direction du sommet du télésiège de l’Arbois par la piste bleue des Finances. Le domaine compte 62 pistes (86 km), soit en moyenne six par dameur. Pas de temps à perdre. Brice a toujours un œil rivé sur son GPS qui lui fournit en temps réel la position de ses cinq collègues dameurs, mais également l’enneigement sous sa machine. 0,30 cm, 0,25 cm, 0,40 cm… Le manteau neigeux est délicat en cette fin décembre. « À 7-8 cm, on peut encore s’en sortir parce que ce sont des prés », commente Brice. À l’occasion de son premier passage, il ramène la neige au centre, évacuée sur les côtés de la piste par les skieurs.

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Brice Druart a découvert le métier il y a 24 ans par son beau-frère qui était dameur à Saint-Gervais. Depuis, c’est devenu une passion. Il travaille six nuits d’affilée et enchaîne deux jours de repos où il s’occupe de ses quatre enfants. L’été, il est chauffeur poids lourds dans les travaux publics.

Clic, clic, clic… Il tapote également les boutons de son joystick pour gérer l’inclinaison et la profondeur de la fraise à l’arrière du véhicule. « Ces lames entrent dans la neige et permettent son oxygénation, explique-t-il. On gagne facilement un mois d’ouverture de piste à la fin de la saison grâce à ce procédé. » Maintenir le manteau neigeux de la station, c’est la deuxième mission (moins connue) du dameur.

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Une dameuse est composée d’une lame articulée à l’avant qui sert à donner forme à la piste, casser les bosses, boucher les trous et transporter la neige ; les chenilles servent à mouvoir la machine mais aussi à un premier tassement de la neige ; à l’arrière, une fraise chasse l’air du manteau neigeux (notre photo), suivi juste après de bavettes flexibles qui lissent le tout, avec une forme de tôle ondulée ; et enfin un treuil sur la plage arrière permet de remonter les pentes abruptes avec de la neige.

 

Un renard, des fêtards…

Une fois là-haut, Brice a pour mission de damer la piste noire Michel Dujon. Au loin dans la vallée, Passy scintille. La piste est très abrupte. Le conducteur descend pour attacher le treuil de sa dameuse à un point fixe en haut de la piste. « Ça évite que les chenilles patinent », précise-t-il, en pointant du doigt un petit renard qui traverse. Une main sur chaque commande, il commence à « passer la serpillière », comme on dit communément dans le milieu. En montée et en descente.

« Jusqu’à ce que ce soit parfait »

Quand sa ligne de passage est légèrement tordue ou bosselée, Brice repasse sans broncher « jusqu’à ce que ce soit parfait ». Un métier de détail et de minutie. La journée, il lui arrive de venir skier sur les pentes qu’il a damées dans la nuit pour vérifier la qualité de son travail. Un peu plus tard, une dizaine de fêtards du restaurant la Folie douce descendent à ski à la frontale. Il faudra repasser la dameuse derrière eux. « Le vrai danger, ce sont les skieurs de randonnée qui viennent sur les pistes la nuit », prévient Brice en faisant allusion au câble de sa dameuse qui traverse la descente. Pour éviter les accidents, il mets les warning sur un panneau « danger » en haut de la piste.

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Le damage à treuil est particulièrement dangereux pour les skieurs de randonnée qui traversent parfois les domaines la nuit. Les treuils installés sur trois des dameuses de la station peuvent tirer jusqu’à 4,5 tonnes de poids grâce au câble d’un kilomètre.

À 21 heures, il s’octroie une pause repas avec les collègues pendant une heure, puis remonte dans sa machine jusqu’à 2 heures du matin. Un rythme décalé auquel il s’accommode puisqu’il aime le cadre « majestueux » de la station de nuit. Et surtout « sa tranquillité ».

 

Maëlle LE DRU (texte, images et vidéo)
Article paru dans le Dauphiné Libéré, édition du Mont-Blanc, le 3 janvier 2018

 

L’amour est dans la Pra. Sur les pas d’un couple de gardiens de refuge en montagne.

Depuis 2011, Nadine et Claude Barnier sont les gardiens du refuge de la Pra, dans le massif de Belledonne, près de Grenoble. Après une brève ouverture en mars pour la saison de ski de randonnée, ils gardent le refuge de juin à septembre en continu. Avec le charme et les contraintes de l’altitude.


Vendredi 23 juin 2017.
Temps : dégagé. Température : 30 °C. Enneigement : nul.

1370 m d’altitude. Il est 9 h 30. Le parking de Pré Raymond, dans le massif de Belledonne, accueille les voitures des randonneurs. Au pied du sentier, les panneaux qui signalent le refuge de la Pra sont contradictoires : le jaune indique 3 h de marche, celui en bois 2 h 30. On verra bien lequel a raison. Là-haut, ça fait déjà plusieurs semaines que Claude et Nadine Barnier ont commencé le gardiennage du refuge pour la saison d’été.

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Patrick Piovesan, un chat noir sur les sentiers glissants. Portrait d’un CRS secouriste en montagne.

Après trente-deux ans dans la police, dont vingt-huit à la CRS 47 des Alpes pour le secours en montagne, Patrick Piovesan a pris sa retraite l’année dernière. Il se souvient de chacune de ses interventions dans les moindres détails. Un métier grisant qui lui manque un peu chaque jour.

Depuis son balcon sur les hauteurs de Voiron, Patrick Piovesan scrute les Alpes à l’horizon. À 55 ans, il aurait pu continuer sa carrière de CRS secouriste en montagne après l’âge légal de départ en retraite, mais son corps n’était plus au sommet de sa forme. Les traits tirés de son visage témoignent de la dureté physique de ce qu’il a dû endurer. Montre GPS au poignet, vêtement technique sur le dos et chaussures de randonnée aux pieds, c’est comme s’il se tenait prêt à un nouvel appel d’urgence. Comme avant.

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