Précision, bifurcations et évasion. En piste dans la dameuse de Brice Druart à Saint-Gervais.

Derrière le côté enchanteur d’une station de ski, il y a des dizaines de professionnels qui se côtoient et qui se démènent jour et nuit pour permettre son fonctionnement. Le métier de conducteur de dameuse est l’un de ses métiers clés. Brice Druart, saisonnier depuis 24 ans, nous fait découvrir les coulisses du damage des pistes à Saint-Gervais.

Pas question de partir damer les pistes tous azimuts. L’opération est minutieusement préparée à l’avance. Jean-Noël Muffat-Joly, le “boss”, travaille toute la journée sur le domaine pour établir les besoins spécifiques en damage. Tous les soirs à 17 h, il rassemble donc son équipe de six conducteurs (dont Brice Druart) au garage des dameuses du Bettex de la STMBA pour le briefing. Une petite équipe de trois dameurs prend le relais le matin notamment pour faire du “bullage”, c’est-à-dire récupérer de la neige en hors-piste pour la mettre sur les pistes.

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Joris, Florian, John, Romain, Joran et Brice (à droite) sont les six dameurs du domaine skiable de Saint-Gervais. Ils vivent tous dans un rayon de 20 kilomètres.

Mais parfois, les dameurs travaillent le matin. « Quand il neige dans la nuit, on commence à 2 h du matin pour que la neige fraîche n’ait pas tout recouvert à l’ouverture des pistes, détaille Joran, dameur sur le domaine depuis dix ans. C’est la météo qui nous commande. » Jean-Noël poursuit le briefing : « Ce qui a été fait hier soir, parfait, mais il faudrait repasser un coup. Si ça brasse trop, on fera un treuil. » Il est 17 h 30. Le “boss” reçoit la confirmation à la radio par le central que le dernier skieur est descendu. Il attend cette phrase tous les soirs pour lancer son équipe à l’assaut des pistes. « Reçu ! » répond-il, avant de distiller les dernières consignes entre les blagues de ses gaillards.

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Cette année, trois saisonniers sont nouveaux dans l’équipe, mais deux ont déjà une expérience de conduite de dameuse dans d’autres stations. La difficulté reste la même pour les trois : il faut se familiariser avec la géographie et le jargon du domaine.

En piste !

Un petit coup d’œil sur le tableau de bord, un léger coup sur l’accélérateur. Brice Druart démarre une nouvelle nuit aux manettes de sa dameuse pour rendre le domaine de Saint-Gervais praticable pour les skieurs le lendemain matin. Il est 18 heures et il sait exactement ce qu’il a à faire. Il faut dire qu’à 52 ans, ce Bourguignon d’origine en est à sa 24e saison. Il fait -1 degré à l’extérieur, mais l’air est bon dans sa machine chauffée dernière génération. Un confort qu‘il a vu largement évoluer au fil de ses années de service.

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Une machine coûte en moyenne entre 400 000 et 600 000 €. La STBMA a fait l’essai cette année d’acheter une dameuse reconditionnée. « Il faut changer de machine en moyenne tous les six ans, sinon elles coûtent trop cher en entretien », précise le dameur Brice Druart. 160 litres d’essence sont consommés par nuit et par machine.

Coup de joystick à droite. Brice prend la direction du sommet du télésiège de l’Arbois par la piste bleue des Finances. Le domaine compte 62 pistes (86 km), soit en moyenne six par dameur. Pas de temps à perdre. Brice a toujours un œil rivé sur son GPS qui lui fournit en temps réel la position de ses cinq collègues dameurs, mais également l’enneigement sous sa machine. 0,30 cm, 0,25 cm, 0,40 cm… Le manteau neigeux est délicat en cette fin décembre. « À 7-8 cm, on peut encore s’en sortir parce que ce sont des prés », commente Brice. À l’occasion de son premier passage, il ramène la neige au centre, évacuée sur les côtés de la piste par les skieurs.

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Brice Druart a découvert le métier il y a 24 ans par son beau-frère qui était dameur à Saint-Gervais. Depuis, c’est devenu une passion. Il travaille six nuits d’affilée et enchaîne deux jours de repos où il s’occupe de ses quatre enfants. L’été, il est chauffeur poids lourds dans les travaux publics.

Clic, clic, clic… Il tapote également les boutons de son joystick pour gérer l’inclinaison et la profondeur de la fraise à l’arrière du véhicule. « Ces lames entrent dans la neige et permettent son oxygénation, explique-t-il. On gagne facilement un mois d’ouverture de piste à la fin de la saison grâce à ce procédé. » Maintenir le manteau neigeux de la station, c’est la deuxième mission (moins connue) du dameur.

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Une dameuse est composée d’une lame articulée à l’avant qui sert à donner forme à la piste, casser les bosses, boucher les trous et transporter la neige ; les chenilles servent à mouvoir la machine mais aussi à un premier tassement de la neige ; à l’arrière, une fraise chasse l’air du manteau neigeux (notre photo), suivi juste après de bavettes flexibles qui lissent le tout, avec une forme de tôle ondulée ; et enfin un treuil sur la plage arrière permet de remonter les pentes abruptes avec de la neige.

 

Un renard, des fêtards…

Une fois là-haut, Brice a pour mission de damer la piste noire Michel Dujon. Au loin dans la vallée, Passy scintille. La piste est très abrupte. Le conducteur descend pour attacher le treuil de sa dameuse à un point fixe en haut de la piste. « Ça évite que les chenilles patinent », précise-t-il, en pointant du doigt un petit renard qui traverse. Une main sur chaque commande, il commence à « passer la serpillière », comme on dit communément dans le milieu. En montée et en descente.

« Jusqu’à ce que ce soit parfait »

Quand sa ligne de passage est légèrement tordue ou bosselée, Brice repasse sans broncher « jusqu’à ce que ce soit parfait ». Un métier de détail et de minutie. La journée, il lui arrive de venir skier sur les pentes qu’il a damées dans la nuit pour vérifier la qualité de son travail. Un peu plus tard, une dizaine de fêtards du restaurant la Folie douce descendent à ski à la frontale. Il faudra repasser la dameuse derrière eux. « Le vrai danger, ce sont les skieurs de randonnée qui viennent sur les pistes la nuit », prévient Brice en faisant allusion au câble de sa dameuse qui traverse la descente. Pour éviter les accidents, il mets les warning sur un panneau « danger » en haut de la piste.

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Le damage à treuil est particulièrement dangereux pour les skieurs de randonnée qui traversent parfois les domaines la nuit. Les treuils installés sur trois des dameuses de la station peuvent tirer jusqu’à 4,5 tonnes de poids grâce au câble d’un kilomètre.

À 21 heures, il s’octroie une pause repas avec les collègues pendant une heure, puis remonte dans sa machine jusqu’à 2 heures du matin. Un rythme décalé auquel il s’accommode puisqu’il aime le cadre « majestueux » de la station de nuit. Et surtout « sa tranquillité ».

 

Maëlle LE DRU (texte, images et vidéo)
Article paru dans le Dauphiné Libéré, édition du Mont-Blanc, le 3 janvier 2018

 

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2 réflexions au sujet de « Précision, bifurcations et évasion. En piste dans la dameuse de Brice Druart à Saint-Gervais. »

  1. J’avais eu l’occasion d’en croiser lors d’une sortie ski nocturne et c’est vrai qu’on ne se rend pas compte d’en bas de tout ce qui se passe la nuit pour qu’on soit heureux sur les pistes au petit matin. Chouette reportage !

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